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mardi 5 juillet 2011

ARNAUD-GUILHEM DE BARBAZAN, UN SEIGNEUR AU SERVICE DE RENE 1er DE LORRAINE

En complément de la bataille de Bulgnéville, précédemment évoquée,
il me semblait utile de vous proposer une petite biographie d'Arnaud-Guilhem
de Barbazan qui tenta, vaillamment, de sauver la Lorraine

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Article remanié  pour l'occasion, dont une première version
est parue en complément de l'article sur la bataille de Bulgnéville
dans la revue Histoire Médiévale, des Éditions Harnois
en novembre 2001
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Arnaud-Guilhem, seigneur de Barbazan
Le chevalier sans reproche qui apporta son soutien au duc de Lorraine
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Arnaud-Guilhem de Barbazan
(Gravure du gisant se trouvait dans l'abbatiale de Saint-Denis)

Principal conseiller militaire de René d’Anjou pendant la bataille de Bulgnéville, Arnaud-Guilhem de Barbazan était un capitaine expérimenté et estimé de ses adversaires. Le célèbre chroniqueur bourguignon, Olivier de la Marche, présenta d'ailleurs le seigneur de Barbazan comme "le chevalier sans reproche" ; c'est tout dire sur ses états de service guerriers !

Au service des ducs Louis d’Orléans et Jean de Berry.

Originaire de Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, et faisant partie de cette noblesse du Sud-Ouest fidèle au duc d’Orléans (depuis la fin du XIVe siècle), Arnaud-Guilhem, fils de Regnaut de Barbazan, fut dès son plus jeune âge formé au métier des armes et s'avéra être doué pour cela. Il participa très jeune, à l’âge de dix-huit ans, à une expédition contre les Musulmans.

De retour de "croisade", il se mit alors au service du duc Louis 1er d’Orléans (1372-1407) comme son père avant lui. En avril 1402, il eut l'immense honneur de devenir chambellan du prince et le mois suivant, il participa, en compagnie de six autres chevaliers français, au combat de Montendre en Guyenne qui les opposa à sept chevaliers anglais. Les Français l'emportèrent, montrant ainsi le prestige de la chevalerie française. Pour les remercier de cette victoire, le duc d’Orléans organisa un grand festin à Paris.

En janvier 1404, Arnaud-Guilhem de Barbazan fut envoyé en Lombardie avec un contingent d’écuyers gascons. A la tête du gouvernement royal, le duc d’Orléans plaça ses fidèles à des postes clefs de l’administration et nomma, en 1405, Arnaud-Guilhem de Barbazan, sénéchal d’Agenais.

A la mort de Louis d’Orléans, en novembre 1407, le seigneur de Barbazan se mit tout naturellement au service du duc Jean de Berry, chef des « Armagnacs ». Pendant plus de dix ans, il fut l’un des principaux capitaines, en combattant les Bourguignons en Berry en 1411 et les Anglais en Poitou et en Guyenne en 1412.

En 1417, le seigneur de Barbazan défendit vaillamment la cité de Corbeil contre les assaillants bourguignons.

Le dauphin fait appel à lui.

A la mort du comte d’Armagnac, Bernard VII, assassiné en 1418 par les hommes de Jean Sans Peur, il se rangea au côté du dauphin Charles de France, futur Charles VII. Le 1er juin 1418, il tenta de reprendre Paris aux Bourguignons en vain ! Ensuite, il se rendit en Poitou et en Touraine où il reçu le capitanat de Lusignan. Pour mener à bien sa mission, le dauphin lui confia une compagnie composée de 240 hommes d’armes et 240 hommes de trait (archers et arbalétriers).

Dès lors, Arnaud-Guilhem de Barbazan devint le principal conseiller militaire et le premier chambellan du dauphin. De 1418 à 1419, il participa activement aux négociations entre Bourguignons et Français.

Après le traité de Pouilly-le-Fort (11 juillet 1419) entre Jean Sans Peur (1404-1419), le duc de Bourgogne et Charles, le dauphin de France, Arnaud-Guilhem de Barbazan refusa la somme de 500 moutons d’or que souhaitait lui offrir le duc de Bourgogne. Ce refus était motivé par l’assassinat de ses deux anciens maîtres le duc Louis 1er d’Orléans (1392-1407) et le connétable de France, Bernard VII d’Armagnac (1391-1418).

Avec l’assassinat du duc Jean 1er de Bourgogne sur le pont de Montereau le 10 septembre 1419, Barbazan fut immédiatement soupçonné. Il s'en défendit et il clamât son innocence. Pour échapper à la vindicte bourguignonne, il s'enfuit !

 Assassinat de Jean Sans Peur sur le Pont de Montereau
(enluminure du XVe siècle - BNF)

La prison.

Dès la fin juillet 1420, Arnaud-Guilhem se trouvait à Melun où il défendit la ville contre les troupes anglo-bourguignonnes du roi Henri V d’Angleterre (1413-1422) et du duc Philippe III de Bourgogne (1419-1467) (un traité d’alliance fut signé entre les royaumes le 21 mai 1420). Le siège s’acheva le 17 novembre 1420 par la reddition de la ville et la capture d'Arnaud-Guilhem de Barbazan. Ce dernier fut emmené à Paris pour d’y être jugé comme meurtrier du duc Jean Sans Peur. Il avoua, évidement, sous la torture puis se rétracta en clamant haut et fort son innocence. La sentence tomba, il fut incarcéré pendant six ans. Une enquête fut ouverte cependant ouverte par le Parlement de Paris pour déterminer le vrai coupable.

Estimant qu'Arnaud-Guilhem de Barbazan était trop précieux pour le parti français, les Anglais souhaitant le garder le plus longtemps possible ; ils acceptèrent de fixer une rançon conséquente qu’en 1425 (elle s’élevait alors à 32 000 saluts d’or).

Ne pouvant faire face tout seul à une telle rançon, le 14 mars 1426, le roi Charles VII ordonna que la somme de 6 000 livres lui soit envoyée dans les plus brefs délais.

La somme demandée par les geôliers de Barbazan n'arrivant pas, ils décidèrent de déplacer leur prisonnier au château de Château-Gaillard où il connut une détention plus pénible.

Une libération inespérée.

En février 1430, le capitaine Étienne de Vignolles (1390-1443), dit La Hire, prit Château-Gaillard en profitant d'une négligence. En effet, en escaladant les parois de la forteresse, les hommes de La Hire purent pénétrer dans la forteresse sans être repérés et libérèrent Arnaud-Guilhem de Barbazan. Celui-ci se porta immédiatement auprès du roi Charles VII de France, en résidence à Sully-sur-Loire.

Reprenant sa place au conseil, il fut institué gouverneur de la Champagne et, en récompense de ses précieux services, le roi de France lui octroya la somme de 2 000 livres.

Le nouveau gouverneur de la Champagne s'associa ensuite au duc René d'Anjou, pour mener de rudes campagnes militaires en Champagne et en Bourgogne.

Bulgnéville, la fin.

Connaissant bien Arnaud-Guilhem de Barbazan depuis qu’ils avaient combattus ensemble par le passé, René d’Anjou, devenu duc de Lorraine, fit immanquablement appel à lui pour l’aider dans son différend l’opposant au comte de Vaudémont, féroce compétiteur et allié des Bourguignons. La bataille qui se produisit, le 2 juillet 1431, tout près de Bulgnéville scella le destin des deux hommes.

Les troupes ducales de René 1er de Lorraine connurent, en effet, une défaite mémorable où le seigneur de Barbazan y fut grièvement blessé en tenant, vainement, de disloquer les rangs bourguignons.

Barbazan fut alors transporter dans une maison de Bulgnéville où il décéda. On peut d'ailleurs voir, dans la rue de Bulgnéville qui porte son nom, une stèle commémorative posée à l'emplacement de cette maison.

En 1457, le roi Charles VII fît transporter les restes de Barbazan à la Chapelle de la Vierge à Saint-Denis et fit mettre son tombeau près de celui des monarques français, après lui avoir rendu les honneurs qu'il méritait !


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Arnaud-Guilhem de Barbazan restera dans les mémoires comme l'un des plus valeureux seigneurs fidèles au parti français en tentant de contrecarrer, à Bulgnéville, les prétentions du parti bourguignon. Ce chevalier "sans reproche" méritait bien une place particulière dans l'histoire de France et de la Lorraine.

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2 commentaires:

  1. Etes-vous bien sûr de la date de naissance de Louis d'Orléans?
    et d'autre part, il me semble que Barbazan n'est pas mort à la bataille de Bulgnéville, mais àVaucouleurs quelques mois plus tard.

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    1. Effectivement, Louis d'Orleans est né en 1372 et non en 1386 !

      Et Arnaud-Guilhem de Barbazan serait bien mort dans une maison de Bulgnéville et non de Vaucouleurs ! Une stèle apposée dans la rue de Bulgnéville qui porte son nom, rappelle que Barbazan décéda dans l'une des maisons.

      J'apporte les corrections à mon texte !

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